Nuad Boran

La thérapie corporelle thaïe
Le Nuad Boran est une pratique médicale traditionnelle reconnue par le Comité d’évaluation des médecines traditionnelles & alternatives de l’Organisation Mondiale de la santé.Le mot « Nuad » veut dire « pression ».Le mot « Boran » veut dire « ancien ». Le Nuad Boran est l’ancien art thérapeutique thaï qui consiste en des traitements effectués par un praticien au moyen de pressions rythmées et d’intensité adaptée, sur le corps d’un patient. Le praticien peut utiliser ses paumes, pouces, coudes, genoux ou pieds. Il peut aussi opérer des étirements et des mobilisations à caractère ostéopathique. Cette gestuelle est organisée selon des protocoles de soins qui intègrent la prise en compte des symptômes douloureux dans la dimension globale de la personne à partir d’une conception particulière de la santé. Le Nuad Boran a vocation première de prendre en charge les douleurs liées aux tensions tendino-musculaires chroniques et à les réduire.

Le Nuad Boran bénéficie du pluralisme culturel du monde Indochinois
- De par ses origines proto-thaïs, datant de l’époque d’avant la constitution des États thaïs, le Nuad Boran hérite d’une composante animiste. Les « Moe Mueang » (médecins traditionnels des campagnes) pratiquaient, et écolenuadboran1pratiquent toujours, différentes approches de soin dont le Nuad Boran. Cet héritage influence le Nuad Boran en termes de respect de la nature, d’intuition empathique corporelle pour le diagnostic et d’in- géniosité pratique dans la mise en oeuvre des traitements.
- De par ses origines géographiques chinoises, dans le bassin du Yang Tsé Yang et ultérieurement au fil des migrations du peuple thaï, le Yunnan et la région du Sipsong Pan Na, le peuple thaï a été et reste marqué par les modes de représentation Chinois de la Santé.
- De par son adhésion au Bouddhisme Theravada survenue au XIIIe et XIVe siècle, le monde Thaï a joui d’une influence de l’Inde, en matière de références médicales écrites (Ayurved), d’éthique (Dahrma), d’attitudes (Mitta, la gentillesse compassionnée), de comportements thérapeutiques (rythmes fondés sur la décomposition du rythme cardiaque).

Les savoirs et savoirs faire médicaux traditionnels des Thaïs sont issus d’une interaction entre ces différents héritages qui, intimement mêlés et « digérés » au long de siè- cles donnent au style de travail corporel thaï ses caractéristiques propre: travail concret, rythmé, systématique, le praticien cherchant l’efficacité sans la nuisance, et le moindre effort en utilisant la force de gravité terrestre pour donner les pressions

Rôle des pouvoirs publics thaïs
L’âge d’or des médecines traditionnelles et du Nuad Boran thaïs se situe à l’époque du royaume d’Ayutthaya (XIVXVIII ème). Une version du Nuad Boran est codifiée pour la cour royale et devient un standard pour l’aristocratie. Les praticiens ont rang d’officier de l’armée royale, des traités sont rédigés. Lors de la première ambassade de France au Siam d’Ayutthaya, en 1687, sous Louis XIV, le chroniqueur royal Simon de la Loubère écrit :
« Quand une personne est malade au Siam, elle commence par se préparer à offrir son corps en entier pour recevoir ensuite une personne qualifiée qui monte sur la personne malade et qui la foule des pieds. »

Après la destruction d’Ayutthaya par les Birmans en 1763, la préoccupation des pou voirs publics sera de reconstituer le réservoir endommagé des compétences médi cales anciennes. D’où les inscriptions, sur des plaques de marbre à Wat Po, des méridiens thaïs pendant le règne de Rama III (1825-1851) et la rédaction de traités médicaux royaux jusqu’au règne de Rama V (1870-1910).

De 1935 à 1944 toutes les pratiques médicales traditionnelles sont interdites par la dictature militaire et les contrevenants sont poursuivis. En 1977, lors de la conférence d’Alma Alta, l’Organisation mondiale de la santé de mande aux gouvernements de protéger et d’utiliser les savoirs médicaux tradition nels pour le bénéfice de leur population. Un travail de collecte et de conservation commence alors dans les instances gouvernementales et les associations comme celle de Wat Po. En plus du recours aux textes restants, on fait appel aux praticiens des campagnes qui survivaient cachés jusque là, pour qu’ils apportent leur contribution au mouvement de renouveau des médecines traditionnelles. En 2002 le gouvernement Thaï fonde le Département des médecines traditionnelles et alternatives dans le cadre du Ministère de la santé. Il multiplie les recherches cliniques concernant les effets des pratiques médicales traditionnelles, dispense des formations et fixe les critères de qualification à présent en cours.

Philosophie traditionnelle thaïe de la santé
Deux principes en rapport direct avec le Nuad Boran sont ici à mettre en évidence :
Le Tard : Le corps humain est composé de 4 éléments Terre, Eau, Feu et Vent. Il y a santé quand les 4 éléments sont en harmonie ; maladie ou risque de maladie quand les 4 éléments sont en déséquilibre.
Le Lhompran : le « Vent de vie. » Mot formé par la syllabe thaïe Lhom, « vent » et la syllabe Pran issue du sanscrit, « Prana », force vitale. Concept à rapprocher du Pneuma des Grecs et surtout du Qi des chinois. C’est le Lhompran qui régularise le Tard.
Le Nuad Boran en permettant une meilleure circulation du Lhompran favorise l’action homéostatique.

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